Imaginez : vous avez calculé votre Bilan Carbone selon la méthodologie de l’ADEME, de façon exhaustive. Vous y avez passé un temps fou, c’était votre premier calcul. Devant vous, un chiffre en tonnes de CO2 équivalent. Et maintenant, que faire ?
Vous cherchez rapidement sur internet et trouvez un site internet qui vous propose de compenser vos émissions carbone. En trois clics, hop, vos tonnes de CO2 équivalent sont désormais derrière vous. Vous avez participé à la plantation d’arbres et vous vous enorgueillissez de votre geste altruiste.
Sauf que tout ceci vous donne certes bonne conscience, est-ce si vertueux que cela en a l’air ?
Analysons les mythes de la compensation carbone.
Compenser n’est pas réduire
Dans la méthodologie de l’ADEME que vous avez scrupuleusement suivie, vous avez dû rater une ligne. Il est bien noté que les émissions de CO2 sont comptabilisées à part des émissions négatives.
Prenons l’exemple du photovoltaïque. Vous disposez de panneaux sur vos bâtiments, et ce que vous produisez par ces panneaux sera compté dans votre Bilan Carbone. Par contre, c’est loin d’être un calcul mathématique.
Ce que vous émettez est mis d’un côté. Ce que vous avez en négatif est mis d’une autre. Et la différence entre les deux importe peu.
De même, la compensation de vos émissions que vous avez achetée en trois clics est à part. Vos émissions restent telles qu’elles l’étaient avant votre achat. C’est un calcul qui vient en plus de celui des déductions de vos émissions.
Sur le papier comme dans la réalité, vous émettez toujours autant de tonnes de CO2 équivalent.
Planifier pour réduire
Comme vous avez bien travaillé sur votre Bilan Carbone, vous avez rédigé un plan d’actions pour réduire vos émissions. Celui-ci est désormais obligatoire dans le travail sur votre Bilan Carbone.
C’est sur ce document que vos efforts vont se concentrer. Si votre plus gros poste d’émissions concerne les déplacements professionnels, le premier point de votre plan d’actions va s’y consacrer. Vous allez y définir un objectif, avec des indicateurs liés pour vous assurer que vous arrivez à votre objectif en temps voulu.
Lorsque vous aurez atteint tous les objectifs de toutes les actions de votre plan d’actions, alors, et seulement alors, vous pourrez penser à la compensation carbone. En effet, ce qu’il vous restera, ce seront des émissions incompressibles, liées à votre fonctionnement.
La problématique des projets de compensation opaques
Certaines formes de compensation vont soulager votre conscience autant que votre porte-monnaie pour des résultats non seulement aléatoires mais parfois complètement contre-productifs.
Un exemple connu est celui du pin douglas. Cette espèce de résineux a une croissance rapide et sert facilement pour fabriquer des meubles. Qui dit croissance rapide, dit également rendement rapide.
Un point oublié de cette question est la biodiversité. Tout d’abord, planter un arbre est complètement différent de planter une forêt. Pour arriver à créer un écosystème complet, il faut du temps, beaucoup de temps.
En moyenne, il faut entre 25 et 30 ans pour qu’un arbre arrive à sa maturité. Et il faut au moins autant de temps pour que l’écosystème autour puisse se créer.
Quand vous achetez des arbres sur certains sites internet, l’indication du lieu de plantation est peu précise. L’espèce d’arbres est généraliste et son choix est aléatoire. Si vous souhaitez avoir des photos de ce que vos plantations sont devenues, vous pouvez toujours attendre.
Vous êtes donc dans le flou sur ce qu’est devenu votre argent et votre conscience va commencer à se rappeler à votre bon souvenir.
Alors, comment faire les choses bien ?
Je vous présente Climat Local. C’est une entité toulousaine qui plante des haies champêtres et des arbres fruitiers isolés.
Dans le cas des haies champêtres, le choix est fait de recréer des haies champêtres qui ont disparu lors du remembrement dans l’après-guerre. Ces haies sont des refuges pour de nombreuses espèces, autant des oiseaux qui y nichent que des petits mammifères qui s’y réfugient. Ces haies limitent également la circulation du vent et aident à réduire l’érosion en tenant les sols.
Dans le cas des arbres fruitiers, ce sont des espèces anciennes et locales qui sont proposées. Elles ont le même effet sur leur environnement que les haies champêtres, avec l’avantage complémentaire de pouvoir être une source de revenus pour les entités qui les plantent.
Dans les deux cas, le lieu de plantation et les espèces plantées sont scrupuleusement choisies. Des critères d’adaptabilité des essences au réchauffement climatiques entrent en compte lors du choix des plantations. C’est un an après la plantation, quand le projet est viable, que le certificat de compensation carbone est émis.
Ce travail sur le temps long et sur des projets réfléchis rend l’approche de Climat Local vertueuse. Ici, c’est la collaboration et le succès des programmes de plantations qui sont au cœur du fonctionnement.
Pour certains projets, un chantier collaboratif est réalisé lors de la plantation. Si vous êtes une structure avec des personnes salariées, c’est un excellent moyen de les impliquer dans la démarche.
Une réflexion globale
Vous l’aurez compris, acheter un certificat de compensation carbone sur internet que vous obtenez dans la seconde, c’est suspect. Le mieux est de travailler sur des partenariats de long terme, avec des espèces résilientes qui tiendront le choc lors des prochaines canicules.
Si elle est inscrite dans une démarche globale de réduction de vos émissions de gaz à effet de serre, la compensation carbone est possible. Si elle sert à financer la création de haies champêtres dans des zones où celles-ci ont disparu, elle est même souhaitable.
Si le sujet du remembrement vous intéresse, je vous conseille de lire la bande dessinée ‘Champs de bataille’ par Inès Léraud, dessinée par Pierre Van Hove. C’est elle qui a écrit la BD sur les algues vertes. A acheter dans une librairie indépendante ou à prendre dans votre médiathèque préférée.
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